Semaine 31 : Ce que l’avenir nous réserve – Interagir à l’ère de l’IA

04.08.2026 - La dernière partie de cette série estivale est consacrée aux vidéos interactives générées par l’IA à partir d’images et d’enregistrements vidéo existants, ainsi qu’aux évolutions probables dans ce domaine. L’IA permet de générer rapidement des vidéos en utilisant des images statiques. Pour cloner une voix, il faut actuellement un fichier audio d’une dizaine de secondes.

Vous recevez un appel téléphonique et entendez la voix d’une personne proche ou d’un ami qui se trouve en situation de détresse ou un appel du patron qui exige le paiement urgent d’un montant élevé. Cependant, il ne s’agit ni d’un ami, ni du patron mais d’une voix générée par l’IA. Tout cela se déroule de manière interactive et en temps réel.

Pour le moment, le nombre de signalements concernant des tentatives frauduleuses adressées à l’OFCS est encore faible. Il ne s’agit que de cas isolés. Mais cela pourrait changer à l’avenir. Le fonds de matériel vidéo pouvant servir de base à des « deepfakes » est presque inépuisable à l’ère des médias sociaux. Cette évolution pourrait se poursuivre avec le développement de technologies améliorées et facilement accessibles à un nombre toujours plus grand d’internautes. Mais quant à savoir où cela nous mènera, nous sommes encore dans le flou. Même lorsque de meilleures méthodes seront disponibles sur le plan technique, elles ne seront utilisées par des arnaqueurs que lorsqu’elles pourront être monétarisées efficacement et être intégrées dans des modèles de tromperie fonctionnels.

Les deux exemples qui suivent illustrent la manière dont les formes d’escroquerie pourraient se développer à l’avenir.

Fraude au CEO, dorénavant aussi avec l’IA

Dans le cas de la fraude au CEO, un collaborateur ou une collaboratrice est chargé, le plus souvent par son chef, d’effectuer un paiement urgent à un soi-disant fournisseur à l’étranger ou d’acheter des cartes-cadeaux. En général, les escrocs insistent sur l’urgence de la situation, de sorte que la victime de l’arnaque ne songe pas à remettre en question l’ordre donné. Ensuite, le chef ou le président n’est étrangement plus joignable pour répondre à d’autres questions par téléphone. Les escrocs tentent d’éviter que les personnes concernées entrent en contact avec le chef. Il existe toutefois aussi des cas où les arnaqueurs cherchent délibérément à entrer en contact par téléphone. Pour ce faire, les escrocs recherchent au préalable sur Internet des enregistrements audio du chef et s’en servent pour générer une voix clonée. Et comme une voix inspire davantage confiance qu’un courriel, l’effort consenti en vaut la peine dans ce genre de situation. Dans certains cas, un chef cloné participe même à une visioconférence, pour donner du crédit à son exigence. Il s’agit toutefois de cas isolés. De telles situations deviendront monnaie courante à l’avenir et concerneront surtout des entreprises qui traitent publiquement les données du personnel et publient également de manière proactive des vidéos personnelles. 

Des appels chocs avec une voix clonée ?

L’OFCS reçoit toujours plus de signalements concernant des « appels chocs ». Les personnes qui appellent se font passer pour la police et prétendent que la fille ou le fils de leur interlocuteur a provoqué un grave accident. Pour donner l’impression d’une confirmation, la conversation est brièvement transférée à la prétendue fille ou au prétendu fils qui, avec une voix de circonstance, demande de l’aide. Beaucoup de personnes touchées par ces appels sont convaincues d’avoir effectivement reconnu la voix de leur enfant. On peut supposer que des arnaqueurs utilisent pour leur méfait des voix clonées avec du matériel vidéo en libre accès sur les médias sociaux. Il est toutefois également possible que des victimes croient, seulement sous stress, avoir reconnu une voix familière. Dans de tels cas, l’OFCS ne peut pas s’assurer que ce soit vraiment l’IA qui a été utilisée.

Cloner une voix grâce aux appels silencieux ?

L’OFCS reçoit régulièrement des demandes de personnes qui veulent savoir si des appels provenant de numéros inconnus auxquels personne ne répond sont utilisés pour hameçonner des échantillons de voix. L’OFCS n’a connaissance d’aucun cas où un simple « bonjour » ou le fait de prononcer son « nom » aurait permis de cloner une voix entière pour l’utiliser ensuite à des fins frauduleuses. Les motivations des pirates consistent plutôt à vérifier de manière automatisée si un numéro de téléphone correspond vraiment à une personne et si celle-ci est disposée à répondre à un appel adressé depuis un numéro inconnu. Cependant, on signale également des cas où des escrocs appellent pendant la phase préparatoire de leur forfait pour obtenir un échantillon de voix. Ce type d’acte est surtout dirigé contre des entreprises. Les pirates doivent engager la conversation avec leurs victimes pendant un certain temps afin de créer un clone à l’aide des données obtenues. Cette méthode s’imposera pour des attaques ciblées ; pour des attaques lancées en masse, la méthode est trop exigeante et les fraudeurs utiliseraient probablement des contenus librement accessibles sur les réseaux sociaux.

Perspectives et conclusion

De nos jours, les vidéos sont créées dans la plupart des cas à partir d’images et non en modifiant une vidéo existante. Cela s’explique par la grande quantité de données qui devrait être analysée par l’IA. La dépense en coûts et en temps qui en résulte est encore trop élevée. Une image ne fournit à l’IA qu’un seul point de référence pour générer la vidéo ; par conséquent, des mouvements spécifiques des membres ou l’expression faciale peuvent être perdus. Les lèvres ne sont pas encore parfaitement synchronisées ; cela peut donner un indice qu’il s’agit d’un truquage. Dans ce domaine également, l’évolution va se poursuivre ; elle permettra de perfectionner les vidéos avec des coûts relativement peu élevées.

À l’heure actuelle, aucune tentative de fraude à large échelle n’est connue de l’OFCS. Ces techniques sont encore utilisées de manière très ciblée, car elles nécessitent aujourd’hui encore des opérations manuelles et se concentrent la plupart du temps sur des objectifs rentables. Aujourd’hui, l’utilisation de l’IA générative pour le montage vidéo nécessite toujours un certain effort. De plus, ces types de fraudes interactives requièrent souvent des modèles de meilleure qualité et, maintes fois plus coûteux, ce qui rend irréaliste leur utilisation à grande échelle. La tendance montre toutefois que même les modèles meilleur marché gagnent en performance et on peut s’attendre à ce que ces méthodes d’attaques soient également utilisées à grande échelle dans le futur.

On ne pourra plus, à l’avenir, se fier uniquement à la prétendue « authenticité » d’une vidéo ou d’un appel vocal d’une personne connue. Au contraire, il faut accorder plus d’attention à la gestuelle, à la mimique et à la manière de s’exprimer de la personne représentée. Si les vidéos « deepfake » donnent certes une image extrêmement réaliste, elles représentent néanmoins souvent des comportements peu naturels de la personne concernée. Il est donc crucial de ne pas se fier uniquement aux apparences, mais de considérer d’un œil critique le comportement de la personne.

Recommandations

  • Faites preuve de méfiance quand vous recevez un appel.
  • Rappelez le prétendu proche en utilisant le numéro de téléphone connu.
  • Mettez immédiatement un terme aux appels non plausibles.
  • Ne vous laissez pas intimider ou mettre sous pression.
  • Ne révélez jamais vos mots de passe ou codes PIN au téléphone.
  • N’autorisez jamais l’accès à votre ordinateur à des personnes étrangères, même si elles vous semblent dignes de confiance.

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Dernière modification 04.08.2026

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